Il est indéniable que cette politique de scolarisation a fait reculer le taux d’analphabétisme dans la population tunisienne. Mais, l’analyse des statistiques démontre un déséquilibre patent en faveur des garçons.
L’évolution du taux de scolarisation de la population âgée de 6 à 14 ans a connu une progression réelle, mais avec toujours la même constante : la proportion des garçons scolarisés est toujours supérieure à celle des filles. En 1966, le taux des garçons scolarisés était de 73% contre 44,9% pour les filles ; en 1984, le taux pour les garçons passe à 82% contre 68% pour les filles .
Ceci pour deux raisons, au moins : le niveau d’inscription plus faible pour les filles et le taux d’abandon des filles âgées entre 9 et 14 ans, en particulier en milieu rural.
En 1984,* 58% des femmes étaient encore analphabètes, "ce taux baisse à 25% pour les filles âgées de 10 à 14 ans et demeure essentiellement un phénomène rural : 4 femmes sur 5 sont analphabètes en milieu rural, contre 2 sur 5 en milieu urbain" ’. "La scolarisation des filles n’est, en vérité, qu’une alphabétisation. Elle ne s’inscrit pas dans un processus véritable de formation, les filles n’ayant pas les mêmes chances que leurs camarades de sexe masculin d’aller jusqu’au bout de leurs études" , le pourcentage des femmes ayant accédé aux études supérieures n’étant que de 1% contre 3% pour les hommes.
L’inégalité de la scolarisation entre filles et garçons n’a pas échappé aux pouvoirs publics puisqu’ils ont inscrit en tête des priorités de VIe et Vile Plans de l’Education la "généralisation de l’enseignement primaire, notamment en améliorant la scolarité des filles et des enfants originaires des zones rurales". Mais cette recommandation n’est, jusqu’à ce jour, qu’un voeu pieux, sans aucun résultat effectif, les moyens de sa réalisation n’ayant jamais été mis en place.
La Tunisie n’échappe pas, par ailleurs, à l’ambiguïté des principes en matière d’éducation, illustrée par les filières de formation professionnelle où est pratiquée une discrimination en fonction du sexe : les garçons sont systématiquement dirigés vers la mécanique, la
construction, l’électricité : les filles vers la coiffure, le textile, la couture. Inégalité et discrimination qui ont leur origine, entre autres, dans la spécificité de la condition de la femme au sein de la famille, fortement intériorisée, d’une part, par tous les acteurs sociaux (femmes, hommes et pouvoirs publics), mais également véhicules par les manuels d’éducation scolaire.