Si, naguère, un enfant tendait la main gauche pour recevoir un bonbon, on en ressentait un malaise. On reprenait le bonbon, jusqu’à ce que le bambin avance la main droite, la seule bonne, la seule belle, la seule valable.
Cette discrimination entre les deux mains, quoique non fondée scientifiquement, est passée jusque dans le langage : le mot « sinistre », par exemple, est dérivé du latin sinistre, qui signifie « à gauche. Certes, l’on n’en est plus là aujourd’hui. L’étude du cortex cérébral nous a appris que chaque main est commandée par la moitié du cerveau qui lui est opposée : le cerveau gauche commande la moitié droite du corps, et vice versa. Or, il n’existe aucune différence fonctionnelle ou qualitative entre les deux hémisphères cérébraux. Chaque main est donc pareillement habile ; et si, d’aventure, l’on constate entre deux personnes une différence d’adresse manuelle, la supériorité effective sera souvent manifeste chez la plus <’gauchère" des deux.
L’hégémonie des droitiers doit donc prendre fin. Si votre enfant se sert de sa main gauche pour taper sur un clou, manier un tournevis, se brosser les cheveux, s’il shoote du pied gauche, ne vous lamentez pas. C’est que son cerveau droit a pris le contrôle des opérations manuelles : pas de quoi en faire un drame. Au contraire, présentez lui sa situation comme une chance : qu’il perfectionne le maniement de sa main droite, et il sera ambidextre, le rêve ! Dans la
population adulte, on compte seulement 8% d’ambidextres (80% de droitiers). D’ailleurs, ambidextre, l’enfant l’est naturellement pendant ses premières années. Il se sert au hasard de sa main droite ou de sa main gauche. Vers 1 an, une légère préférence pour l’une ou l’autre main s’établit, mais le choix définitif n’intervient jamais avant 2 ans. Et même au delà, jusqu’à 7 ans, l’enfant peut encore changer d’option.
Ainsi donc, il est gaucher. Ne le considérez pas comme un handicapé. Surtout, ne le forcez pas à devenir droitier ; vous n’en feriez qu’un être mal dans sa peau, accablé de troubles nerveux (comme le bégaiement, par exemple). Donnez lui confiance en lui, en lui représentant toutes les belles et bonnes choses qu’il peut faire avec sa main gauche.
Et surtout, surtout, songez que l’habileté manuelle, plus qu’un mécanisme arbitraire, est affaire avant tout d’apprentissage et de patience.
Certains enfants se créent un complexe parce qu’ils sont gauchers et que leurs petits camarades ne le sont pas. C’est à vous, parents, de remédier à cet état de fait, à faire comprendre à votre enfant que ce n’est pas une obligation d’être droitier et qu’il n’aura aucun problème dans la vie professionnelle parce qu’il se sert de sa main gauche.