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 Morts en détention

Il n’y a ni Amnesty International pour parler d’eux, ni Human Rights Watch, ni OMDH, ni AMDH ni 1ER, ni médias, ni télévision, ni radio. Pourtant, ils vivent depuis des années en détention permanente et certains d’entre eux ont vu le jour dans des cages. Ils n’ont aucune chance de quitter leurs geôles, sauf les pieds devants, ou à l’occasion de rares grandes fugues ou encore lorsqu’ils sont l’objet de rapts. Sinon, ils meurent toujours en silence, souvent par négligence et manque de soins. Loin des regards et des égards.

Ce sont les pauvres animaux du parc zoologique de Témara I Un zoo créé il y a 36 ans et qui a attiré environ 400 000 visiteurs l’année dernière, dont beaucoup d’enfants, générant une recette de 3700000 0H, selon son directeur, le Docteur Brahim Heddane, Dans cette réserve grillagée qui s’étend sur 50 hectares survivent dans des conditions très précaires quelque 2000 animaux. Sur les 1200 volatiles recensés et dont les ailes ne leur servent qu’à se ventiler durant les étés chauds quand ce n’est pas pour éloigner les moustiques, les pertes sont également conséquentes. Ce zoo abrite aussi 750 mammifères et 50 reptiles parmi lesquels la mort fait des ravages, emportant chaque année des dizaines d’entre eux dont des spécimens rares. L’an dernier, le nombre des pensionnaires de ce zoo qui ont rendu l’âme fait froid dans le dos.

Quelque 140 animaux ont trouvé la mort pour une raison ou une autre Toujours selon le directeur de ce parc animalier, les décès de certains animaux dont des tigres et des girafes sont dus « aux comportements irresponsables de visiteurs du parc ». Imaginons que pour le mammifère au long cou, la cause de la mort soit le résultat d’une série de tortures, comme pousser cet animal à manger des bouts de pain jetés par terre par des gamins enthousiastes. Il faut reconnaître qu’obliger une girafe que la nature a dotée d’un long cou pour qu’elle puisse brouter aux branches les plus hautes à se servir par terre relève de la torture, surtout quand ces pauvres quadrupèdes, déjà fortement traumatisés par leur extraction du milieu d’origine, ne mangent pas à leur faim. Idem pour le tigre. Le félidé en a certainement marre d’être considéré par les badauds comme un gros chat. II en a marre aussi de manger toujours la même chose, de la viande souvent avariée et que l’hyène ne vient jamais finir. Justement, à propos de ce charognard, le zoo a constaté le vol de deux individus.

Certainement pour leur cervelle (makh eddbaa) que certains Marocains croient dotée de pouvoirs thérapeutiques surnaturels. Mais ce n’est pas seulement deux pauvres hyènes qui ont été kidnappées. L’été dernier, des voleurs s’étaient emparé d’un aigle, d’un ara (perroquet d’Amérique du Sud) et, quelques années auparavant, ils avaient fait main basse sur des oeufs d’autruche. Pour faire face à cette hémorragie due au manque de moyens humains et matériels de cet établissement qui relève du Haut Commissariat aux Eaux et Forêts, la direction recourt à la vente ou à la location de certains animaux à des pays étrangers. Une décision lourde de conséquences. Car il arrive que l’animal, lorsqu’il regagne sa cellule d’origine, après un court séjour en Allemagne où les animaux ne manquent que du droit de vote, meure de nostalgie ou pire, de maladie, si le pays où il a séjourné abrite des attagènes susceptibles d’être la cause d’infections contagieuses. Moralité : comment projeter de ressusciter le lion de l’Atlas disparu, quand on ne parvient même pas à préserver des animaux encore existants ?

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